La décongélation et la prise de mesures
Le taxidermiste conserve les spécimens destinés à la naturalisation par congélation. Après décongélation, il commence le nettoyage de la surface externe de l’animal afin d’éliminer les traces de salissure, de graisse et de sang. Il prend également toutes les mensurations qui lui permettront de confectionner un mannequin conforme à la réalité. Une cinquantaine de mesures sont nécessaires. Elles sont reportées sur un schéma détaillé de l'anatomie, qui pourra être complété de photographies et d’observations diverses, voire de maquettes.
Le dépouillage
Le dépouillage consiste à séparer la peau des parties charnues. Équipé de matériel chirurgical (scalpels, ciseaux, etc.), le taxidermiste pratique des incisions, généralement sous le ventre et derrière les pattes, puis il décolle soigneusement la peau des muscles en évitant de la déchirer. Certaines parties comme le crâne, le bec, ou les pattes sont généralement conservées. La peau est ensuite grattée pour enlever tous les résidus de graisse, de muscles ou de chair.
Le tannage
Le tannage vise à rendre les peaux imputrescibles tout en conservant leur souplesse. Si le tannage des peaux de petits animaux peut être réalisé par le taxidermiste, la plupart du temps, il est confié à des tanneries. Les peaux y sont trempées dans plusieurs bains composés d’eau, de sel et de produits chimiques bactéricide, fongicide et insecticide. Elles sont ensuite rincées abondamment, séchées, éventuellement amincies et nourries de matières grasses pour les assouplir.
La « mise en peau »
S’il exerce dans un cadre muséal, le taxidermiste peut être amené à réaliser des montages simples : ce sont les « mises en peau ». Il s’agit de montages à visée scientifique conservés dans les réserves et destinés à la recherche. Les peaux sont rapidement mises en volume selon une position facilitant à la fois leur rangement et leur étude (pattes avant et arrière tendues). Dans ce cas, la confection d’un mannequin n’est pas nécessaire.
La confection de la forme de l’animal
S’il est possible d’utiliser des mannequins préfabriqués réalisés dans des mousses ou des résines faciles à retravailler, les mannequins sur mesure autorisent plus de liberté au niveau de la mise en scène. Le taxidermiste construit d’abord la structure interne qui se substitue au système osseux. Elle peut être en fil de fer, en bois ou en polystyrène. De nombreux matériaux peuvent être utilisés pour le modelage des masses musculaires : fibre de verre, papier mâché, plâtre, résine, etc. Le taxidermiste travaille avec un soin particulier les éléments apportant plus de réalisme à l’animal comme les veines. Pour certaines parties, telles que la langue ou les yeux, il utilise des prothèses qu’il se procure chez des fournisseurs spécialisés.
Une fois le mannequin prêt, le taxidermiste procède au montage. La peau préparée est appliquée et tirée jusqu’à épouser parfaitement la forme. Elle est soigneusement recousue à l’aide d’aiguilles chirurgicales. Après le séchage de la pièce, le taxidermiste procède à l’ajout des détails (griffes, dents, yeux, etc.) et aux finitions. Il répare les imperfections et retouche, à l’aide d’un pinceau ou d’un aérographe, les zones décolorées par le tannage. Pour terminer, il fixe l’animal sur un socle ou un écusson. Il peut également l’insérer dans un décor reproduisant son habitat naturel. Son objectif final est que donner une apparence la plus naturelle possible à l’animal naturalisé.
Une compréhension approfondie et rigoureuse de l'anatomie animale est essentielle pour reproduire avec précision les formes et les proportions. Ainsi a-t-il de nombreuses connaissances théoriques en ostéologie (étude des os et du squelette), en éthologie (étude du comportement animalier) et en zoologie (étude de l’anatomie des animaux).
Le taxidermiste est avant tout un artiste plasticien. Il maîtrise en particulier la sculpture sur différents matériaux pour donner forme et vie aux mannequins. Il maîtrise par ailleurs le tannage pour la conservation des peaux. Enfin, son sens de l’observation et sa capacité à reproduire fidèlement les détails anatomiques et les caractéristiques distinctives de chaque animal lui permettent de faire des mises en scène très réaliste. Il s’agit là d’un subtil équilibre entre souci du réalisme et sensibilité artistique.
La législation relative à la protection de l’environnement et de la faune impose des restrictions que le taxidermiste doit impérativement connaître, car de nombreuses espèces sont interdites à la naturalisation. En effet, seulement 10 % des espèces animales sont actuellement libres à la naturalisation en France, et sous certaines conditions. Toutes les autres doivent faire l'objet d'une demande au Ministère de l'environnement. Par ailleurs, la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d'extinction (Convention de Washington ou CITES), protège également environ 3 500 espèces animales dont l’importation est soit totalement interdite, soit soumise à autorisation.
Le taxidermiste exerce en tant qu’artisan ou salarié, en entreprise individuelle ou sociétaire de moins de 10 salariés. Les places en muséum d’histoire naturelle sont extrêmement rares. Dans ce contexte de travail, le taxidermiste partage son temps de travail entre des réalisations muséographiques, scientifiques et des restaurations.
La clientèle du taxidermiste peut être relativement variée : chasseurs souhaitant naturaliser leurs trophées provenant de petite ou grande chasse en Europe ou de safaris dans les pays tropicaux, particuliers souhaitant naturaliser leurs animaux domestiques, mais aussi artistes contemporains ou décorateurs pour le cinéma, le théâtre ou la mode. Le taxidermiste peut également être amené à travailler pour des institutions (écoles, muséums d’histoire naturelle, parcs zoologiques). Si les chasseurs constituent encore l’essentiel de la clientèle, la baisse continue de leur nombre et le vieillissement de cette catégorie de population inquiète toutefois les professionnels.
Selon le syndicat des naturalistes taxidermistes de France, il existait moins de 70 professionnels en activité en 2022, dont la majorité partageait son temps de travail avec une autre activité. Le CAP taxidermiste est, à ce jour, uniquement enseigné en apprentissage, au titre des savoir-faire rares.