Le plisseur commence par concevoir le motif des plis sur un carton, souvent à partir de la demande spécifique de son client. Pour chaque projet, il sélectionne un type de pli (soleil, accordéon, écaille, paon, fleur, plat, cristal, roseau, etc.), en prenant en compte les caractéristiques du tissu et le rendu souhaité. Il crée ensuite un moule en carton, appelé « métier », composé de deux faces identiques qui s'emboîtent parfaitement.Pour créer le relief souhaité, le plisseur trace directement au crayon le type de pli souhaité sur le carton à plat. Il marque ensuite les lignes des futurs plis, en utilisant un outil en os appelé plioir, pour marquer sans endommager le carton. Puis, entièrement à la main, il plie chaque arête avec précision, donnant ainsi au métier tout son relief. Chaque carton est unique et fabriqué sur mesure, car chaque type de plissage requiert une découpe et un relief particuliers. Au fil du temps, le plisseur construit une bibliothèque de métiers qu'il pourra réutiliser pour divers projets.
Une fois les cartons terminés, le plisseur place soigneusement le tissu entre les deux faces du métier. Cette étape nécessite une grande précision pour éviter tout défaut. Le tissu et le moule sont maintenus en place avec des poids et des barres (les « skis »), tout au long du processus de pliage. Le plisseur, dans une sorte de chorégraphie minutieuse, veille attentivement au positionnement, en travaillant le regard porté sur les mains de son coéquipier. Le tissu est plié manuellement pour épouser parfaitement le moule, donnant aux plis un relief marqué. Lorsque le métier est complètement refermé, l’artisan fixe le tissu entre deux morceaux de bois, enserrés avec des cordes, pour éviter tout glissement pendant le processus de cuisson.
Le moule et le tissu sont ensuite placés dans une étuve (four à vapeur) chauffée entre 85 et 100 °C, pendant une durée de deux à cinq heures, selon le type de tissu et de pli. Ce procédé de thermofixage assure la stabilité dimensionnelle des tissus (capacité d'un matériau à conserver sa forme et ses propriétés tout au long de son cycle de vie). Il utilise la vapeur pour fixer les plis de manière permanente, en particulier sur les fibres synthétiques.Après l'étuvage, il est nécessaire de laisser le tissu reposer et sécher pendant cinq à six heures afin qu’il prenne sa forme définitive avant d’être démoulé. Un contrôle rigoureux est ensuite effectué par le plisseur, pour s'assurer que chaque pli est bien formé, et que le tissu reflète fidèlement le plissé du métier.
Le plisseur doit maîtriser l'art de transformer un dessin en deux dimensions en un motif de plis en relief. Ce savoir-faire requiert une excellente compréhension des proportions, des volumes et des formes pour créer des effets visuels uniques, qu'il s'agisse de plis réguliers ou de motifs complexes. Une perception précise de la tridimensionnalité est nécessaire pour que le plisseur puisse sculpter des panneaux plissés répondant aux attentes et aux exigences techniques des créateurs de mode.
Le choix du tissu est prépondérant : les tissus naturels, comme le coton ou la soie, demandent une manipulation différente des fibres synthétiques comme le polyester, qui réagissent mieux au thermofixage. Le plisseur doit anticiper la réaction de chaque tissu à la vapeur et à la pression. Certains tissus, en raison de leurs propriétés et de leur composition, ne permettent pas une fixation durable des plis, ceux-ci s'estomperont progressivement au fil du temps. Le plisseur conseille donc les créateurs en fonction de sa connaissance des tissus et des divers types de plis souhaités, les guidant vers des choix esthétiques et techniquement réalisables.
La création d'un moule et le travail de plissage exigent une précision extrême. La découpe et le tracé des arêtes sur le carton doivent être réalisés avec une régularité parfaite. Chaque étape – du positionnement au plissage – est longue et rigoureuse, nécessitant concentration et patience pour éviter toute erreur. La moindre imperfection peut compromettre l'ensemble du projet et obliger le plisseur à refaire le moule entièrement. Le plisseur doit être capable de transformer des demandes abstraites en plis uniques et esthétiques. Il peut proposer des styles personnalisés ou reproduire des motifs historiques, valorisant ainsi sa maîtrise technique et artistique.
Le plisseur travaille en atelier, dans un environnement calme, propice à la minutie requise pour cette tâche. Le métier se pratique surtout en milieu urbain, dans les zones où se concentrent les grandes maisons de mode et les marques de luxe, ainsi que certains musées ou institutions de patrimoine textile.
Un plisseur peut exercer comme artisan indépendant ou être salarié dans des ateliers de haute couture ou des entreprises spécialisées en textile. Le statut d’indépendant offre une certaine liberté créative, mais impose également de fidéliser une clientèle régulière pour garantir la pérennité de l’activité.
Le plissage est un métier rare et particulièrement valorisé dans la haute couture et le luxe. Grâce à son savoir-faire, le plisseur peut également travailler sur des projets de restauration textile et être appelés à collaborer avec des musées pour recréer des pièces historiques, respectant les motifs et techniques d’origine.
Le métier de plisseur est un savoir-faire ancien, souvent transmis de génération en génération. Dans les années 1950, on recensait plus de 150 plisseurs. Aujourd’hui, moins d’une dizaine d’ateliers se consacrent exclusivement au plissage. Toutefois, ce savoir-faire demeure prisé des créateurs de mode.