Le choix des peaux est effectué chez un négociant en peaux brutes, ou directement à l’abattoir. Le parcheminier repère d’éventuelles traces de barbelés ou de piqûres d’insectes. Il observe également les teintes naturelles qui présentent différentes nuances : par exemple, la peau de chèvre possède des tons moirés gris. Le parcheminier est également attentif au niveau de translucidité des peaux, et à la présence plus ou moins importante de graisse. Le choix s’effectue en fonction de la destination finale du parchemin : ainsi, pour le marché des arts graphiques, on privilégiera chèvre et chevreau, car ils contiennent peu de graisse et accrochent bien l’encre.
C’est ce qu’on appelle le travail de rivière : cette suite d’opérations vise à retirer les poils et chairs de la peau brute.
Les bains
Le parcheminier rince d’abord la peau à l’eau courante. Puis, elle est trempée dans un bain saturé en chaux (le pelain) qui la rend imputrescible. Cela permet également d’assouplir la peau pour en détacher naturellement la laine et pour séparer le derme de l’épiderme. Le bain peut durer plusieurs semaines.
L’épilage ou ébourrage
Il s’agit de racler la partie externe de la peau (le côté fleur) pour en éliminer tous les poils.
L’écharnage ou effleurage
Le but de l’écharnage est de débarrasser la peau (côté croûte) des restes de chair et de graisse. Il s’effectue manuellement ou à l’aide d’un couteau non-tranchant, ou encore d’une écharneuse (machine) qui racle l’envers de la peau.
Pour sécher, les peaux sont tendues par le parcheminier sur des cadres en bois ou métalliques avec des pinces (les herses). Traditionnellement, le séchage s’effectue à l’air libre, sans chauffage. Aujourd’hui, des séchoirs sont utilisés à 38° C maximum. L’objectif est d’obtenir une matière mince, dense et semi-rigide. Déterminer la tension exacte, « à la limite de la rupture », et savoir précisément quand le parchemin est parfaitement sec exigent un réel savoir-faire.
Les dernières étapes consistent à égaliser la surface et l’épaisseur du parchemin avec un couteau en forme de demi-lune, ou par un léger ponçage de la fleur à la pierre ponce. Un blanchissage à la poudre de craie est effectué sur le dos de la peau (c’est l’édossage) afin d’atteindre les niveaux de blancheur souhaités. Le lissage, quant à lui, a pour but d'écraser les grains côté fleur pour un aspect final plus ou moins lisse. Ainsi, le vélin est, par exemple, un parchemin ordinaire présentant une épaisseur parfaitement égale, et enduit d’une bouillie de blanc d’argent.
Les finitions sont particulièrement importantes pour le parchemin destiné aux métiers du livre, car il doit fixer l'encre sans l'absorber. De plus, pour que l’or et les couleurs tiennent, le parchemin ne doit pas être gras.
Prendre plaisir à toucher et à sublimer la peau des animaux est un prérequis pour exercer le métier de parcheminier. Il faut aussi être prêt à supporter salissures et odeurs désagréables dues aux différentes étapes de préparation de la matière.
Le métier de parcheminier suppose un regard exercé à la qualité : qualité des peaux brutes et qualité du rendu. Il en va de même pour la transparence du parchemin qui ne laisse place à aucune approximation.
Les étapes de raclure et de ponçage exigent à la fois délicatesse et persévérance pour obtenir la finesse et le granulé désirés sans risquer de détériorer le produit. Le parcheminier a bien en tête que la transparence du parchemin laisse entrevoir la moindre imperfection.
Le parcheminier exerce au sein d’une tannerie-mégisserie. En France, cette activité est maintenue aujourd’hui par trois tanneries et mégisseries. Celles-ci montrent une réelle volonté de faire perdurer un savoir-faire et une tradition, bien que le parchemin ne représente qu’une part marginale - de 2 à 15 % - de leur activité principale, qui reste la fabrication de cuir. Au quotidien, le travail du parcheminier s’effectue essentiellement debout.
Du fait de leur durabilité dans le temps (lorsqu’ils sont bien conservés), les parchemins sont prisés au-delà du secteur des archives. Ainsi, ils trouvent des applications dans la restauration de meubles, la décoration d’intérieur, les luminaires et l’aménagement de bateaux de luxe. À la fois résistant et souple, les parchemins séduisent aussi les maroquiniers, les bijoutiers, et la haute facture instrumentale (notamment pour les percussions).
L’approvisionnement en peaux brutes n’est pas simple, car les peaux jeunes sont très convoitées, et on observe de grandes variations de prix. Les peaux traitées sont des sous-produits de l’élevage. Le parcheminier est donc un acteur de l’économie circulaire qui leur donne une seconde vie.