Murailler

Spécialiste des maçonneries en pierre sèche, le murailler intervient dans la construction et dans la restauration des murs de soutènement, de clôtures et des bâtis. Il assemble des moellons tout-venant de pierre, bruts ou ébauchés, posés sans mortier.

🖐️ Nature du travail

Spécificités du travail de la pierre sèche

La technique de la pierre sèche consiste à construire des ouvrages en assemblant des moellons de pierre tout-venant sans mortier (ni chaux, ni ciment). C’est la maîtrise du savoir-faire du murailler, notamment quant au choix et à l’agencement des pierres, qui assure la qualité et la stabilité de l’ouvrage, quel qu’il soit (murs, terrasses agricoles, cabanes, abris, etc.). L’art de la construction en pierre sèche est inscrite au Patrimoine culturel immatériel de l’UNESCO. Par ailleurs, les aménagements en pierre sèche, notamment en milieu rural, jouent un rôle important en matière de développement durable et de préservation des paysages. Ils permettent la lutte contre l’érosion, une bonne gestion du ruissellement des eaux ou encore, sont des niches à biodiversité.

Choisir les pierres

Le murailler utilise des pierres locales, issues de carrières proches, ou récoltées lors d’épierrages de champs, ou bien des pierres de réemploi. Il peut s’agir aussi bien de calcaire, de granit, de schiste, de grès, etc. Le murailler trie les pierres par taille. Les plus petites serviront au drain et les plus grosses seront utiles pour servir de fondation, de couronnement (mur poids) et de blocage (boutisse) dans l’épaisseur du mur. Les pierres peuvent aussi être taillées à l’aide d’une sorte de burin (la chasse à pierre) et d’une massette, ou simplement cassées à l’aide d’un marteau pointu (le têtu).

Préparer le terrain

Le murailler s’adapte à l’environnement dans lequel il exerce son art. Dans le cas de la construction, de la réparation ou de la restauration d’un mur, il respecte différentes étapes. Si la construction en pierre sèche se fait à partir d’un socle rocheux affleurant, celui-ci doit être dégagé et nettoyé, voire entaillé pour être plat, avant de commencer. Dans tous les autres cas, après avoir marqué l’emplacement du futur ouvrage à l’aide de cordeaux tendus entre des piquets, le murailler creuse des fondations sur une trentaine de centimètres de profondeur. Si le sol est trop argileux ou instable, le murailler y verse un fond de pierrailles ou de cailloux, et tasse bien le tout. Dès lors, il peut poser une première rangée de grosses dalles plates et épaisses, légèrement plus larges que le mur lui-même, appelée la « semelle ».

Construire le mur

La construction du mur elle-même ressemble à un puzzle : il s’agit d’assembler les pierres les unes avec les autres afin que leurs formes s’épousent au mieux. L’ajustage des pierres doit être serré. Les pierres sont posées et calées par au moins trois points de contact. Le murailler doit pouvoir marcher sur chaque lit de pierres sans qu’aucune ne bouge. Pour assurer la solidité de son travail, le murailler doit lui « donner du fruit » : il fait en sorte que le mur soit plus large à sa base qu’à son couronnement, ou dans le cas d’un mur de soutènement, que les pierres soient légèrement inclinées en direction de la terre qu’elles retiennent. Le murailler bloque les interstices entre les pierres par des éclats de calage afin qu’elles ne bougent dans aucune direction. À l’arrière des murs de soutènement, il réalise un drain composé par les débris de pierre non-utilisables pour la construction elle-même. Le murailler finit son ouvrage par une assise de pierres plus grosses et plus lourdes couvrant toute la largeur du mur pour faire office de couronnement.

🤹 Compétences requises

Rigueur et dextérité

Pour réaliser des ouvrages stables et durables, le murailler fait preuve d’une grande rigueur dans la conception de ses assemblages. En effet, la moindre erreur de conception peut provoquer l’effondrement de son travail sous l’effet du gel, des mouvements de terrain et des intempéries. C’est la qualité du travail qui garantit sa solidité, mais aussi sa beauté et sa durabilité.

Sens de l'esthétique et de la composition

Un sens de l'esthétique développé est important pour un murailler, car il doit être capable de choisir les pierres appropriées ainsi que d'harmoniser les couleurs et les formes. Sa capacité à composer visuellement avec les éléments architecturaux et paysagers est essentielle pour obtenir un résultat final agréable à l'œil et en harmonie avec son environnement.

Résistance physique et travail d'équipe

Le métier de murailler est souvent physiquement exigeant, car il nécessite de manipuler des charges lourdes, de travailler en extérieur et parfois en hauteur. Une bonne condition physique est donc importante. De plus, le murailler peut être amené à travailler en équipe et avec d’autres corps de métier du bâtiment, ce qui demande une bonne communication et une capacité à collaborer efficacement.

🔭 Perspectives

Environnement de travail et statuts

Le murailler travaille en extérieur, sur les chantiers de construction ou de rénovation. Les conditions de travail varient en fonction de la saison et de la localisation géographique : exposé aux intempéries, le murailler est donc capable de travailler dans des conditions parfois difficiles. Il est le plus souvent un indépendant, ou employé d’une très petite entreprise artisanale de maçonnerie spécialisée dans les travaux en pierre.

Opportunités

Le marché de la pierre sèche est en évolution positive constante en raison, d’une part, de l’attention portée à la construction écoresponsable et l’aménagement durable du territoire et, d’autre part, de la volonté toujours plus grande de préserver l’authenticité d’un certain patrimoine bâti et paysager. Également, on compte en France des milliers de kilomètres de murs de soutènement le long des routes, des voies ferrées, des cours d’eau ; des milliers de kilomètres de murets d’enclos et de terrasses agricoles ; mais aussi des milliers d’autres ouvrages divers : cabanes, abris, etc. Il y a là un marché pour l’entretien et la restauration qui est encore à prendre. Le métier de murailler offre donc des perspectives d’insertion intéressantes pour les personnes passionnées d’artisanat, d’architecture et de travail manuel précis.

Bon à savoir

Les clients qui font appel aux muraillers sont d’abord les propriétaires privés, soucieux d’authenticité et d’écologie, avant les collectivités locales. Certaines Chambres d’agriculture, Parcs naturels régionaux ou nationaux, les Pays d’Art et d’Histoire, etc., situés surtout dans le massif central et le sud-est de la France, voient dans la construction, rénovation ou restauration d’ouvrages en pierre sèche un élément d’attractivité des productions (un bon paysage renvoi à l’idée d’un bon produit) comme des espaces de loisirs et d’ethno-tourisme.

💠 Métiers proches

  • Lauzier / lauzière ou lavier / lavière ✨
  • Maçon / maçonne du patrimoine bâti ✨
  • Tailleur / tailleuse de pierre ✨