Le travail du marbreur commence par la préparation de son matériel. Le marbreur dissout une gomme hydrosoluble, comme la gomme arabique ou adragante, dans de l’eau pour former une base neutre épaissie. Aussi appelé « assiette », ce liquide portera les couleurs lorsqu’elles seront jetées sur l’eau.
Les couleurs sont préparées avec des pigments purs. Ils sont écrasés à l’aide d’un morceau de marbre. Une fois les couleurs écrasées, le marbreur ajoute de l’eau et des tensio-actifs comme le fiel de bœuf ou la térébenthine, pour éviter que les couleurs ne s’associent au mélange aqueux présent dans la cuve.
Le papier est lui aussi préparé, traité avec une solution d’alun pour faciliter l'adhérence des couleurs lors du transfert.
Les motifs émergent dès que le marbreur projette les gouttes de couleur sur l'eau gélifiée. À l’aide de peignes, de bâtonnets ou d’épingles, il trace des formes végétales ou géométriques. Le marbreur exploite des techniques différentes :
Lorsque le motif est prêt, le marbreur dépose avec précision une seule feuille de papier sur l’eau épaissie, en veillant à éviter les bulles ou les glissements. Chaque motif est unique et ne peut être transféré qu'une seule fois : il n’est pas possible d’imprimer plusieurs feuilles à partir du même dessin. Pour chaque nouvelle impression, tout le processus de création du motif doit être repris. Le marbreur pose et retire le papier avec une grande délicatesse afin de capturer fidèlement le motif sans altérer sa disposition. Une fois le motif transféré, le papier est retiré doucement, sans mouvement brusque, puis laissé à sécher soigneusement, souvent sur un châssis ou à plat sur une table. Avant de recommencer, le marbreur absorbe les résidus d’encre en surface à l’aide d’un papier type journal, préparant ainsi l’eau pour un nouveau motif.
Le marbreur sur papier doit faire preuve de créativité pour élaborer des motifs harmonieux. Chacune de ses créations est unique, car le procédé ne permet pas de reproduire un modèle à l’identique. Une part de hasard persiste dans cette technique, et le marbreur doit faire preuve d’un sens artistique aiguisé pour pouvoir proposer une composition visuelle équilibrée. Le marbreur peut ajuster les couleurs et les formes en fonction des préférences de ses clients ou en s'inspirant des styles traditionnels.
Le marbrage exige une grande concentration, car chacune des étapes (préparation des pigments, dessins en surface, transfert) nécessite soin, rigueur et calme. Certaines solutions réalisées par le marbreur, comme la dissolution de la gomme arabique et adragante, nécessitent plusieurs jours de préparation et de macération. Ce métier nécessite d’être patient et de porter une attention toute particulière aux détails pour obtenir un résultat impeccable.
La précision est une compétence importante du métier de marbreur sur papier, notamment lors de la manipulation des encres et des outils permettant de créer les motifs à la surface de l’eau. Lorsqu’il dépose les couleurs en surface ou qu’il utilise les différents outils pour former ses marbrures, le marbreur doit le faire avec précision, car il n’a aucun moyen de revenir en arrière. Chaque motif doit ainsi être réussi du premier coup.
Le marbreur sur papier travaille dans un atelier souvent seul. Il est équipé de bacs, de pinceaux, de peignes et d'autres outils spécifiques au marbrage, de pigments et de divers papiers. L’atelier est un environnement calme et propice à la concentration, car aucun équipement bruyant n'est nécessaire dans ce processus manuel de fabrication. Le marbreur peut être amené à collaborer avec des relieurs, des restaurateurs de livres, des fabricants de papier ou d’autres artisans qui peuvent venir à son atelier pour des projets communs.
Le marbreur exerce en général comme artisan indépendant, en vendant ses créations à des relieurs, des éditeurs, des galeries d’art ou des particuliers. Dans certains cas, il est salarié dans un atelier spécialisé en reliure ou en restauration d’ouvrages anciens. Les marbreurs les plus expérimentés peuvent également être recrutés par des institutions patrimoniales pour restaurer des documents historiques.
La spécialisation dans les papiers marbrés de luxe, en particulier pour des éditions limitées ou des projets artistiques, est une niche en pleine expansion. Certains marbreurs sur papier participent à des projets internationaux, ou collaborent avec des musées pour restaurer des ouvrages. La demande croissante pour des papiers peint décoratifs sur mesure offre de nouvelles opportunités dans le secteur.
Un marbreur expérimenté peut aussi diversifier ses activités en enseignant son savoir-faire. En proposant des ateliers ou des formations, il peut transmettre cette technique rare, et attirer un public passionné par les arts et les métiers d’art.