À partir du projet soumis par l’artiste, ou la reproduction d’ancien à faire, une maquette du tapis savonnerie est réalisée par le lissier. Ce dernier pratique donc des essais de tissage en réalisant, au préalable, des recherches de matières et de couleurs pour que la production soit la plus fidèle possible aux effets recherchés. La lisse savonnerie est surtout tournée actuellement vers l’interprétation de cartons de créateurs contemporains : peintres (Soulages, Buraglio, etc.), architectes et designers (Portzamparc, Dubuisson, Ruyant, etc.).
Le tapis de savonnerie est un tapis réalisé selon la technique du point noué, dit « de Turquie ». Il est exécuté sur un métier vertical. Le licier travaille sur l’endroit, à contre-jour, de manière à voir le carton et l’ouvrage face à la lumière. Le modèle à grandeur d’exécution est placé au-dessus de sa tête. L’analyse préliminaire du modèle lui permet de trouver une écriture technique qu’il reporte sur un papier transparent par bande de 20 à 40 cm de haut. Cette prise de notes, très personnelle, est ensuite retranscrite à l’encre sur tous les fils de chaîne. Ces traces lui serviront de repères et d’indications pour le tissage : délimitations de zones importantes, traits du dessin, zones de couleurs, de valeurs, de passages, etc.
Lors du tissage, le lissier effectue une succession de points noués de laine, reliés entre eux par une boucle. Il construit ainsi, peu à peu, à chaque nouvelle rangée, l’image tissée du tapis, à raison de 8 à 20 points au centimètre carré. Le licier passe et noue la laine au moyen d’une broche. Une armature de lin (appelé « duite ») tissée horizontalement entre chaque rang de nœuds vient les bloquer tout en rendant le tapis plus solide encore. Cette technique particulière permet de réaliser un velours extrêmement serré. Ce n’est qu’une fois les boucles coupées que le velours apparaît. À l’aide de ciseaux à branches recourbées, le savonnier opère un démêlage des brins de laine, puis une première tonte pour étêter les boucles, avant de procéder à la tonte finale, en s’appuyant sur une planchette de bois, sorte de gabarit permettant d’obtenir la régularité de l’épaisseur du velours.
Le travail de finition est une intervention longue et délicate, que le lissier exécute plusieurs fois, à l’aide de la pointe des ciseaux. Cette pratique va remettre tous les brins de laine à leur place, afin de redonner la précision nécessaire aux lignes et motifs, tout en feutrant légèrement le velours. L’objectif est que le dessin ne bouge plus par la suite.
Les lissiers s’accordent pour dire que c’est principalement grâce à la pratique et à la répétition des gestes que s’acquiert la dextérité. La maîtrise de toutes les étapes de la conception d’une tapisserie s’effectue sur le long terme. Avec l’expérience de tissage, le lissier apprend à s’adapter et constitue son savoir technique et sensoriel. Plusieurs années d’expérience sont nécessaires pour former un lissier expérimenté, capable d’anticiper les effets des matières dans le tissage, de choisir les couleurs ou de tisser des formes à l’œil.
Selon la complexité du carton ou la finesse du tissage, 200 à 800 heures sont nécessaires à un lissier pour tisser 1 m2. En fonction du projet, du niveau de détails ou la complexité du carton, celui-ci peut aller de quelques mois de travail à plusieurs années.
Le lissier doit aimer le dessin et avoir beaucoup d’imagination et de créativité. Il est indispensable que le lissier fasse preuve d’un grand sens de l’esthétisme et d’un souci du détail. Il doit avoir un œil aiguisé pour les couleurs, afin de choisir les tons correspondant avec le dessin du tapis.
Le lissier savonnerie travaille en équipe à la réalisation des tapis, au sein de petites manufactures dépendant de l’État. Il est fonctionnaire de catégorie B, ou parfois contractuel ou vacataire, s’il y a des besoins de remplacement.
Le savoir-faire de la lisse savonnerie est actuellement exclusivement tourné vers une production pour les institutions (Ministères, Ambassades, etc.), et fabriqué en manufacture dépendant du mobilier national.
C’est le Mobilier National qui assure une formation initiale complète au métier de lissier au sein de son École des Arts textiles. Ces études durent quatre ans (CAP puis BMA). C’est le BMA (Brevet des Métiers d’Art), qui ouvre la possibilité de passer le concours de technicien d’art du ministère de la Culture. La réussite à ce concours donne accès à des emplois de catégorie B dans les ateliers du Mobilier national et dans les manufactures nationales de tapis et tapisseries (Paris, Beauvais, Lodève).