L’appartenance à la famille des cuivres ou à la famille des bois provient du type de mise en vibration de l’air et non du matériau de fabrication : vibration par battement des lèvres dans une embouchure pour les cuivres et avec une anche simple, double ou un biseau pour les bois. Le facteur d’instruments en métal, quelle que soit leur famille d’appartenance, travaille principalement à partir de métaux : alliage laiton plus ou moins riche en cuivre, et argent. Le restaurateur d’instruments à vent en métal répare, reproduit, modifie, entretient ou restaure ces mêmes instruments. Si les techniques se ressemblent beaucoup, la facture des instruments à vent en métal diffère selon sa forme, sa nature, etc.
Découper et chaudronner le métal
Les différents instruments de la famille des cuivres ont une constitution similaire basée sur le façonnage d’une feuille de laiton à laquelle est donnée une forme cylindro-conique dans sa longueur, se terminant par une partie évasée (le pavillon). Le facteur commence par effectuer le traçage du patron (gabarit) puis il découpe la feuille à la cisaille. Le métal est ensuite chaudronné en de nombreuses passes de recuit et écrouit (battu à froid pour le rendre plus dense, plus élastique et plus résistant). Ces différentes actions permettent de donner à l’instrument une forme parfaite et une bonne rigidité, essentielles pour une excellente qualité sonore. Puis le pavillon est toilé à l’aide d’une bande abrasive afin d’éliminer tous les défauts d’aspect. Le facteur donne sa forme définitive à l’instrument au cours de la phase de cintrage. L’ensemble est lissé.
Dans certaines manufactures, les opérations sont confiées au chaudronnier. Il a en charge la mise en forme, l’étirage, l’emboutissage, le recuit, la soudure et le polissage.
Assembler et apprêter l’instrument
Les pièces intermédiaires sont fabriquées (emboîtements, branche d’embouchure, coulisses, entre-deux, pistons, anneaux, etc.). La fabrication de l’embouchure est effectuée avec un soin tout particulier, car c’est sur elle que repose la mise en vibration de l’instrument et donc sa spécificité. Elle peut faire l’objet d’une fabrication particulière et autonome. L’ensemble de l’instrument est assemblé par le facteur d’instruments à vent en métal par soudure à l’étain, puis il est poli au tampon circulaire sur un tour à polir. Ensuite, l’avivage, effectué mécaniquement ou manuellement au tampon de flanelle, donne à l’instrument tout son éclat. Suivant le type d’instrument fabriqué et le choix du client, il est soit verni, soit argenté, ou bien laissé poli.
Les flûtes
Pour les instruments en métal de la famille des vents, le facteur commence aussi son travail par les phases de découpe, de chaudronnerie et de cintrage. Pour les flûtes, le facteur commence par la fabrication de la « tête » en réalisant un tube conique sur un mandrin, en découpant la plaque d’embouchure et en soudant le noyau dont dépendra son amplitude sonore. Pour le corps de l’instrument, il réalise deux tubes cylindriques de longueur différente. Il perce les trous sur lesquels sera ensuite posé tout le mécanisme de clétage, qu’il aura préalablement fabriqué. Les pièces de clétage sont assemblées, ajustées, le bouchon et les tampons sont posés.
Les saxophones
Pour les saxophones, le corps de l’instrument est d’abord chaudronné et mis en forme exacte à l’aide d’un mandrin. Il est poli, puis les trous sont percés et étirés en cheminées à l’aide d’un calibre : il peut y avoir jusqu’à 26 cheminées sur un saxophone. Le clétage (boules, pivot, chevalets, etc.) est assemblé puis soudé à l’étain. L’instrument est alors nettoyé dans différents bains pour enlever toute trace de soudure : c’est ce qu’on appelle le désétamage. Enfin, les différentes parties du saxophone sont polies (bec, bocal et pavillon). Le montage final de l’instrument a lieu par soudure à l’argent. Les tampons sont montés, et les lièges et nacres appliqués sur les clés. L’instrument peut aussi parfois être personnalisé avec de la gravure sur le pavillon.
Quel que soit l’instrument, la phase finale consiste à régler l’instrument et son acoustique afin d’en garantir une parfaite sonorité. Chaque instrument passe ainsi entre les mains d’un musicien professionnel avant d’être vendu en magasin ou remis au client qui l’a commandé.
Travailler des instruments à vent en métal est un véritable travail d’orfèvre, en particulier pour ceux dotés de clés, tant les pièces sont nombreuses à fabriquer et assembler : par exemple, près de 150 pour une flûte traversière et jusqu’à 850 pour un saxophone alto. La précision des gestes est très importante et peut se jouer au demi-millimètre, notamment pour le perçage des trous ou la conception de l’embouchure. Les ajustements doivent donc être précis pour garantir un bon fonctionnement mécanique et une sonorité optimale.
Au total, la fabrication d’un instrument à vent en métal, en fonction de son degré de mécanisation, peut aller de quelques heures, (environ 8 pour un clairon, 12 pour une trompette), à plus d’une semaine pour un tuba. La fabrication et la réparation d'instruments à vent exigent une grande minutie.
Le travail du facteur et/ou restaurateur d’instruments à vent en métal s’articule autour du travail du métal, de la mécanique de précision et de l’acoustique. Il peut se spécialiser selon l’étape de la fabrication (chaudronnier, monteur, finisseur, etc.) ou de l’instrument. Maîtriser l’ensemble des techniques de fabrication sur des instruments tous différents prend plusieurs années au facteur d’instruments à vent.
Une part importante de l’activité artisanale d’entretien et de restauration s’effectue surtout dans des ateliers attenants aux magasins d’instruments. La facture d’instruments à vent en métal, pour les instruments les plus courants, est souvent semi-industrielle, un certain nombre d’opérations s’effectuant en poste fixe (chaudronnerie, clétage, polissage, gravure, etc.). L'environnement de travail peut être bruyant et poussiéreux en raison de la manipulation du métal et des machines. L’étape du polissage, en particulier, requiert de la force physique.
Le facteur et/ou restaurateur d’instruments à vent en métal peut être installé à son compte en tant qu’artisan dans une TPE. Toutefois, quelques grands noms de la facture des instruments à vent occupent le marché (Antoine Courtois, Besson, Selmer, etc.), aussi est-il fréquent de contribuer à la facture d’instruments à un poste fixe en tant que salarié d’une de ces entreprises.
Le marché des instruments à vent en métal est dominé en entrée de gamme par les marques asiatiques. Les fabricants et artisans français se placent, quant à eux, sur le moyen et surtout le haut de gamme, dans lequel leur savoir-faire est reconnu et apprécié des musiciens professionnels. Les entreprises françaises tournées vers le haut de gamme sont exportatrices à plus de 90 % et ont une position de tout premier rang au niveau mondial.