Nota : Pour en savoir plus sur la nature du travail des instruments en métal qui appartiennent à la famille des bois (saxophone, flûte traversière, etc.), se référer à la fiche « Facteur et/ou restaurateur / factrice et/ou restauratrice d’instruments à vent en métal ». L’appartenance à la famille des cuivres ou à la famille des bois provient du type de mise en vibration de l’air et non du matériau de fabrication : vibration par battement des lèvres dans une embouchure pour les cuivres et avec une anche simple, double ou un biseau pour les bois.
Choisir le bois et le dégrossir
Le façonnage des parties en bois est comparable d’un instrument à l’autre. Pour commencer, le facteur choisit le bois brut en fonction de ses qualités esthétiques et sonores (poirier, buis, etc.). Pour les clarinettes et le hautbois, le débitage du bois en grume est généralement effectué dès l’exploitation forestière. Le professionnel découpe le bois à la scie à ruban puis le dégrossit afin de lui donner sa première forme cylindrique. Il procède au tournage du morceau afin d’en évider le centre : c’est le perçage. Ces opérations sont généralement espacées de plusieurs mois, voire de plusieurs années.
Façonner le corps et la tête
Commence ensuite l’alésage pour donner sa forme définitive à la perce. Le tournage extérieur est effectué minutieusement par le facteur d’instruments à vent en bois afin de garantir un centrage parfait. Vient ensuite la pose des bagues métalliques - si nécessaire - et le façonnage des bouts (emboîtures et tenons). Si l’instrument travaillé comporte un pavillon, ce dernier est façonné et évasé (intérieur et extérieur). Enfin, la tête est travaillée. Lors de la fabrication d’une flûte, le canal est taillé, le biseau effectué au ciseau à bois et le bouchon sculpté puis ajusté dans le canal. Le bec de la clarinette, en bois ou ébonite, est façonné. Puis, le facteur polit, et parfois teinte l’instrument.
L’étape suivante, le pointage, consiste à déterminer l’emplacement exact et à percer sommairement les trous. Selon les instruments, le facteur d’instruments à vent en bois doit faire des trous qui recevront les vis de fixation des clés et surtout, ceux pour les notes, accordés en phase finale. Le facteur réalise l’étanchéité de l’instrument en collant sur chaque embout, en fonction des instruments, des lamelles de liège ou un joint de fil. Il réalise l’harmonisation, c’est-à-dire qu’il définit la sonorité de l’instrument en travaillant avec minutie sur la tête. Pour finir, il peut accorder l’instrument en calibrant et ajustant chaque trou en l’évasant vers l’intérieur.
Certains instruments dont le corps est principalement le bois nécessitent des pièces métalliques : clétage et/ou bocal. Le facteur et/ou restaurateur d’instruments à vent en bois doit les façonner et les assembler au corps de l’instrument. Les instruments comme le hautbois ou la clarinette nécessitent un clétage (système mécanique permettant d’atteindre des notes spécifiques). Les parties métalliques sont fondues puis préparées par le facteur et/ou restaurateur : découpage des anneaux et des clés, puis soudure à l’argent. Les pièces métalliques sont assemblées avant de passer dans des bains de nickelage et d’argenture. Les bocaux (tubes courbés des bassons et clarinettes basses, par exemple) sont découpés puis martelés : il s’agit d’un travail de chaudronnerie. L’ensemble de ces pièces est ensuite ajusté directement sur l’instrument.
Pour finir, l’instrument est testé et ajusté par un musicien professionnel, avec lequel le facteur et/ou restaurateur est amené à travailler. Cela permet d’effectuer les rectifications nécessaires. Cette étape est importante, car elle permet de vérifier le bouchage, la mécanique et la justesse avant la mise en étui et la vente.
Lors de la maintenance régulière d’un instrument à vent, le facteur et restaurateur nettoie l’instrument, le protège et procède à de petites révisions. Il a également pour mission d’informer et conseiller le musicien sur la manière d’utiliser correctement son instrument et de le maintenir en parfait état de fonctionnement.
Lorsqu’il s’agit d’une restauration, il accomplit un diagnostic des dysfonctionnements : altération des matériaux ou du système mécanique qu’il est généralement amené à démonter. Il effectue le dégarnissage puis le réargentage et nickelage des clés, réalise, si besoin, les ajustages mécaniques, procède au retamponnage des clés puis à leur synchronisation. Il vérifie leur l’étanchéité. Il nettoie le corps et effectue le polissage de l’instrument en bois ou le débosselage de l’instrument en métal. Enfin, il peut l’essayer et le régler avec le musicien afin d’atteindre une justesse et une qualité sonore parfaites.
Travailler des instruments à vent en bois qui, pour certains, sont aussi composés de pièces métalliques demande une grande dextérité manuelle. La précision des gestes est très importante et peut se jouer au demi-millimètre, notamment pour le perçage des trous ou la conception de la tête des instruments.
Le travail du facteur et/ou restaurateur d’instruments à vent en bois s’articule autour du travail du bois, du métal, de la mécanique de précision et de l’acoustique. Il peut se spécialiser selon l’étape de la fabrication du type d’instrument (tourneur, chaudronnier, clétier, monteur, finisseur, etc.). Maîtriser l’ensemble des techniques de fabrication sur des instruments tous différents prend plusieurs années au facteur d’instruments à vent.
Le facteur d’instruments à vent en bois est curieux et cherche à faire évoluer, voire à créer de nouveaux instruments. Il sait utiliser la modélisation numérique afin de concevoir de nouveaux instruments. Il n’hésite pas à utiliser certains nouveaux logiciels permettant de tester les caractéristiques acoustiques d’un instrument en cours de réalisation (création originale ou reproduction) ou d’un instrument à restaurer : cela lui permet ainsi de simuler les rectifications à réaliser.
Une part importante de l’activité artisanale d’entretien et de restauration s’effectue surtout dans des ateliers attenants aux magasins d’instruments. La facture d’instruments à vent en bois, pour les instruments les plus courants (notamment la clarinette), est souvent semi-industrielle, un certain nombre d’opérations s’effectuant en poste fixe. L'environnement de travail peut être bruyant et poussiéreux.
Le facteur et/ou restaurateur d’instruments à vent en bois peut être installé à son compte en tant qu’artisan dans une TPE. Toutefois, quelques grands noms de la facture des instruments à vent occupent le marché, aussi est-il fréquent de contribuer à la facture d’instruments à un poste fixe en tant que salarié d’une de ces entreprises.
Le marché des instruments à vent en bois est dominé en entrée de gamme par les marques asiatiques. Les fabricants et artisans français se placent, quant à eux, sur le moyen et surtout le haut de gamme, dans lequel leur savoir-faire est reconnu et apprécié des musiciens professionnels.
Savoir faire preuve d’innovation en utilisant les nouvelles technologies (modélisation, simulation, invention d’instrument électro-acoustiques, par exemple) permet de bien se démarquer sur le marché.