Les planches s’apparentent à un tampon. Autrefois réalisées en bois ou en métal, elles peuvent aujourd’hui être confectionnées en résine : les motifs préalablement dessinés sur ordinateur sont imprimés avec une graveuse numérique. Cela permet de gagner un temps précieux : avant, il fallait un mois pour graver une planche en bois.
Les couleurs sont fabriquées manuellement à chaque commande, à base de pigments en poudre d’origine naturelle ou d’oxydes artificiels. Les pigments sont mélangés à de la colle de peau de lapin pour que la peinture adhère au papier. Il s’agit d’un art subtil reposant sur un dosage savant des différents pigments permettant de composer la nuance « exacte » de la couleur recherchée.
L’impression d’un papier peint s’effectue couleur par couleur. La première étape, le couchage de fond, consiste à appliquer une couleur de fond sur le papier à l’aide de grandes brosses en soie. Immédiatement derrière, la peinture est lissée pour qu’elle soit homogène. Cette première étape est déterminante, car cette couleur de fond va devoir supporter ensuite plusieurs passages d’autres couleurs. Après séchage (plus ou moins une journée), commence l’impression des motifs colorés. On parle de lé pour désigner une bande de papier peint.
La planche gravée avec les motifs est imbibée de peinture. Cette opération s’effectue en soulevant et en tapotant manuellement plusieurs fois la planche sur une sorte de grand coussin rempli d’eau et recouvert d’une première couleur. Ce système hydraulique mouvant assure une meilleure imprégnation de la peinture sur les reliefs de la planche par rapport à un plan fixe.
Puis, la planche est soulevée à l'aide d'un levier et elle est placée au-dessus du lé. Elle est alors pressée sur le papier, tout du long, en décalant le papier (et non pas la planche), raccord après raccord pour continuer le motif. Grâce à un guidage laser, les raccords sont optimisés. Pour des motifs complexes, l’opération est répétée autant de fois qu’il y a de coloris nécessaires. On peut ainsi aller jusqu’à plus de 40 couleurs par planche.
Tiré au fur et à mesure, le papier est pendu sur les cadres de séchage. Une fois sec, il est roulé puis imprimé avec la couleur suivante.
La première phase de couchage de fond est assez physique. En effet, le papier est étendu sur une grande table de plus de 10 mètres de long. Il faut parcourir cette distance autant de fois que le nombre de lés nécessaires au projet, tout en effectuant de larges balayages de peinture avec les brosses. Le tout doit être réalisé à une certaine vitesse, car la peinture ne doit pas sécher tant que le lissage n’est pas fini. De plus, l’élévation des lés pour les faire sécher en hauteur sur les rails est effectuée à l’aide de grandes tiges de métal (appelées lattes). Elles sont hissées manuellement, en prenant garde à ne pas plisser le papier.
Le fabricant de papier peint n’utilise pas de couleurs toutes faites. Il lui faut donc avoir une connaissance fine des mélanges de pigments possibles et de leurs dosages pour créer ou recréer (dans le cadre de restaurations) les coloris et leurs nuances.
Des dessins à l’impression, en passant par la création des couleurs, le fabricant de papier peint maîtrise tous les savoir-faire. La mise en peintures étant réalisée par plusieurs poses de planches successives et non par un rouleau en continu, il faut être attentif aux raccords. La pression de la planche doit être contrôlée pour ne pas trop, ou trop peu, encrer le papier, ou encore avoir des motifs qui « bavent ».
Le fabricant de papier peint travaille principalement en atelier. Il se rend également chez le client pour poser les lés. La surface de l’atelier doit être importante pour pouvoir travailler dans de bonnes conditions, car les lés peuvent faire 10 mètres de long. La production de papier peint est devenue très tôt une branche de l’industrie. De ce fait, l’artisanat d’art du papier peint a les plus grandes difficultés à exister à côté de cette production industrielle. En France, il est maintenu par deux maisons où l’on pratique encore l’impression à la planche : l’Atelier d’Offard, et la manufacture Zuber.
La confection de ces papiers sur mesure engendre des coûts importants. C’est pourquoi les fabricants de papier peint à la main s’adressent à une clientèle premium. L’essentiel des ventes est réalisé à l’exportation (en particulier vers les États-Unis). Les commandes d’institutions, par exemple dans le cadre de chantiers de restauration du patrimoine national, représentent également un marché important.
Entre les restaurations de papiers anciens ou la création de papiers contemporains, le métier de fabricant de papier peint à la planche offre une large palette de possibilités d’expression. Il n’existe pas de formations spécifiques pour ce métier qui s’apprend auprès d’un professionnel. Des formations en arts plastiques ou en arts appliqués permettent de former son œil artistique et son sens des couleurs.