Le fabricant de papier commence par trier le matériau avec lequel il va réaliser sa pâte. Il utilise principalement du lin, du chanvre ou du coton en chiffons ou bruts. Le choix des matières est essentiel, car il induira les caractéristiques du papier (texture, résistance, rendu) et son usage. S’il utilise des chiffons, le fabricant de papier les découpe en lanières et les insère dans une cuve appelée le pourrissoir, afin d’attendrir la matière avec de l’eau. Ensuite, il verse l’ensemble dans un appareil appelé pile hollandaise. Cet appareil déchiquette les fibres et les brasse avec de l’eau, jusqu’à l’obtention d’un mélange homogène. Il dilue ensuite cette pulpe jusqu’à obtenir la consistance voulue, qui déterminera le grammage de la feuille. Il y ajoute des additifs naturels et selon les cas, des teintures végétales, des fleurs séchées, etc. Une fois que la mixture a trouvé la bonne consistance, le fabricant de papier fait couler la pâte à papier dans une nouvelle cuve.
Former la feuille
Pour fabriquer une feuille de papier, le fabricant utilise une forme et une couverte. La forme est un tamis constitué de fils de laiton cousus sur des baguettes en bois. La couverte est un cadre mobile qui s’emboîte sur la forme et qui détermine le format de la feuille. Le papetier plonge la forme dans la cuve, la relève chargée de pâte, l’agite en un mouvement de va-et-vient et laisse l’eau s’écouler.
Coucher la feuille
Puis, il procède au couchage : le tamis supportant la feuille est retourné sur un feutre en laine. La feuille est démoulée sur le feutre. Les feuilles intercalées entre les feutres s’empilent jusqu’à constituer une pile de feuilles, encore gorgées d’eau. Une pile de 100 feuilles s’appelle une « porse ». Cette porse est placée sous une presse hydraulique, afin d’éliminer le plus d’eau possible de chaque feuille.
Sécher la feuille
Enfin, les feuilles sont séparées des feutres et mises à sécher. Le temps de séchage à l’air ambiant dépend de la température, du taux d’humidité et de l’épaisseur des feuilles. En été, il faut compter environ deux jours de séchage, et en hiver, environ six. Certains fabricants interviennent sur la feuille humide tout juste fabriquée pour y réaliser un travail plastique (empreintes, inclusions, sculpture). Dans ce cas, le séchage intervient une fois ce travail réalisé.
La dernière opération consiste à lisser les feuilles sorties du séchoir. En effet, lors du séchage, les feuilles se rétractent et gondolent. Elles sont donc de nouveau mises sous presse pour être parfaitement aplaties.
Le fabricant de papier connaît les techniques de fabrication de la pâte à papier, ainsi que les façons de teindre et d’ornementer le papier lors de sa fabrication. Il a un geste manuel très sûr notamment pour la mise en forme de la feuille et son couchage. De ce geste dépendent le grammage et l’aspect final de la feuille une fois séchée.
Le fabricant de papier est sans cesse en train de rechercher les meilleures façons et recettes pour produire les meilleurs papiers et ceux qui correspondent aux attentes de ses clients. Il sait fabriquer des papiers de différents types et pour différents usages, qu’il peut lui-même tester : papier vergé, papier vélin, papier à inclusions florales, fac-similés utilisés pour la restauration de livres anciens, etc.
Le fabricant de papier travaille dans un moulin où l’on trouve un espace pour la fabrication de la pâte et des feuilles, et un autre pour le séchage des feuilles. Il est le plus souvent debout, et au contact de l’eau et de l’humidité.
Le fabricant de papier travaille le plus souvent à son compte comme artisan. Il peut avoir une activité d’accueil du public pour valoriser son métier et proposer ses créations à la vente. Selon les moulins, la structure comprend entre une et quatre personnes chargées de la production.
La disparition des petites papeteries industrielles amène de plus en plus de professionnels à rechercher dans les papeteries artisanales la souplesse et la réactivité qui permettent de fabriquer du papier sur mesure et en petites quantités, tant pour des expositions artistiques, de la restauration que pour des recherches scientifiques. Par ailleurs, les visites d’atelier et les stages permettent aux fabricants de papier de diversifier leurs sources de revenus.
Le métier de fabricant de papier à la main est très rare. On dénombre moins de 10 représentants de ce métier encore en activité en France. Il n’existe aucune formation initiale en papeterie artisanale. La transmission du savoir-faire s’effectue par les artisans papetiers eux-mêmes, dans leurs ateliers de fabrication, et la maîtrise de ce métier et des gestes s’acquiert par une pratique de plusieurs années.