Le métier d’écailliste appartient au domaine de la tabletterie. Il consiste en la fabrication et en la restauration d’objets de petite taille réalisés principalement en écaille de tortue. Cette matière rare, noble, et précieuse est protégée par la « Convention de Washington » sur la protection des espèces en voie d’extinction. L’écailliste réalise ainsi des pièces de différentes épaisseurs pour des applications diverses : bijoux et accessoires de mode, stylos, lunettes (on parle, dans ce cas de lunetier-écailliste - voir la fiche métier Lunetier / Lunetière), travaux de marqueterie, luminaires, restauration d’objets anciens, etc.
L’écaille brute
L’écailliste commence par faire bouillir l’écaille dans de l’eau salée : elle va se ramollir, et pourra ainsi être travaillée plus facilement. L’écaille est aplanie avec des poids, puis raclée et poncée avec des abrasifs de plus en plus fins. L’objectif est d’obtenir une surface bien nette.
Le copeau ou tablette
L’écaille étant un matériau très fin, l’écailliste peut avoir besoin de l’épaissir pour certains projets, notamment la confection de montures de lunettes. Pour cela, il sélectionne et superpose différentes plaques d’écaille en fonction de leur cohérence (épaisseur, couleur, orientation des taches). C’est l’apérage. Une fois les plaques choisies et apérées, elles sont dégraissées, puis ajustées définitivement. La greffe (soudage naturel) peut alors avoir lieu. D'un geste sûr et rapide, l'écailliste passe l’ensemble sous une presse chaude d'une température avoisinant les 130 °C. Celui-ci se solidarise en un seul bloc régulier : le copeau ou tablette. L'écailliste trempe ensuite le copeau dans un bain d'eau salée afin de lui donner du volume et de lui rendre toute son élasticité. Il peut enfin le régulariser par abrasion. Il faut ainsi quatre couches d’écaille pour obtenir 1 cm d’épaisseur.
Le lustrage
Cette étape peut intervenir avant ou après la réalisation de l’objet contenant de l’écaille. Le polissage, réalisé avec des tampons enduits de pâte à polir, met en valeur le dessin, les couleurs, et la brillance de l’écaille.
Si le travail de l’écailliste peut s’arrêter à la préparation des écailles ou des copeaux, le plus souvent, il confectionne des objets à partir de cette matière noble. Dans la majorité des cas, il va associer l’écaille à d’autres matériaux, comme le métal, la nacre, ou le bois.
Objets à plat
Au préalable, l’écailliste a dessiné un gabarit sur une matière transparente. Après avoir positionné ce patron sur l’écaille, il dessine la forme de l’objet à l’aide d’une pointe à tracer. Ensuite, il scie et lime la forme et ses biseaux avec précaution. Il adoucit ensuite le grain à l'aide d'un grattoir, puis il le polit une dernière fois.
Objets en volume
Afin de donner du volume à l’écaille, l’artisan peut la mettre en forme par un passage dans de l’eau très chaude. Ramollie, elle devient malléable et épouse la forme voulue à l’aide de calibres. Cette technique est, par exemple utilisée pour réaliser des manches de stylos.
L'écailliste maîtrise aussi la restauration d'objets et de lunettes en écaille. Cette restauration consiste tout d'abord à sélectionner la pièce de remplacement parmi les chutes provenant de son travail de façonnage et de création. Il l'ajuste ensuite sur l'objet par greffe ou par collage. Le collage n'a lieu que si le support n'est pas en écaille. La greffe nécessite quant à elle que la partie à remplacer ait été meulée afin d'obtenir un biais net permettant le soudage naturel. La possibilité d'effectuer la réparation - invisible - par greffe constitue l'un des atouts les plus significatifs de l'écaille.
L’écailliste est capable d’inventer de nouveaux designs, de nouveaux mariages de matières avec l’écaille. Il sait se renouveler, et jouer sur les différentes teintes de l’écaille. Ces dernières peuvent aller du brun foncé au blond translucide très rare avec des flambées changeantes.
Si l’écaille est un matériau malléable, elle reste fragile, et sa rareté la rend d’autant plus précieuse, les stocks étant limités. Les étapes du découpage, de limage et de lustrage nécessitent la plus grande attention de l’artisan, l’écaille pouvant alors être irrémédiablement endommagée. Minutie et patience sont donc de mise.
Le travail de l’écaille est soumis à la Convention sur le commerce international des espèces de faune et de flore sauvages menacées d’extinction (CITES) appelée également « Convention de Washington ». Des contrôles sont effectués lors de son utilisation. Les artisans doivent ainsi signaler leurs stocks qui doivent obligatoirement être constitués de matériaux prélevés dans la nature avant la Convention en 1975. Un certificat accompagne tout objet constitué de cette matière protégée. Les artisans de l'île de La Réunion bénéficient quant à eux d'un arrêté ministériel publié en 2000 permettant à l'artisanat d'écailles de perdurer comme patrimoine culturel local et autorisant l'utilisation à des fins commerciales des stocks constitués avant 1984. L'arrêté est renouvelé régulièrement (dernier arrêté publié en novembre 2022). Toute vente d’objet en écaille fait l’objet d’un certificat de session, ainsi que d’une signature ou d’un poinçon, selon l’objet concerné.
L’écailliste travaille au sein d’un petit atelier comme indépendant ou salarié. Trois ateliers travaillaient encore l’écaille à La Réunion en 2024, et quelques-uns en métropole, davantage spécialisés dans la confection de lunettes, la création d’objets d’art et la restauration (Dorillat et Maison Bonnet).
S'il a du stock, un écailliste travaille pour l’industrie du luxe (lunetterie, joaillerie, art de la table, etc.), le tourisme (artisanat local de La Réunion), et la création ou la restauration pour une clientèle privée (collectionneurs, antiquaires, particuliers) désirant voir sauvées des pièces anciennes dont la matière est abîmée et doit être remplacée.
L’avenir du métier d’écailliste est limité dans le temps, car il n’y a pas de renouvellement du stock d’écailles de tortue. Il faut, par ailleurs être détenteur d’une autorisation officielle pour travailler l’écaille. Cette autorisation, valable 5 ans, est nominative, et ne peut pas être vendue, transmise, ou cédée. Aucune formation spécifique n’est dispensée pour les écaillistes. Les techniques de travail peuvent néanmoins être abordées dans les domaines spécifiques tels que la coutellerie, la joaillerie ou la marqueterie.